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26/12/2010

Après 2010 année de mensonges, 2011 sera-t-elle une année de vérité ?

Avant de démarrer une nouvelle année, il est sain de faire le bilan de l’année qui s’écoule et d’en tirer les conséquences, sur ce qu’il faut améliorer, sur l’orientation à donner des priorités.

Ce qui m’a frappée en 2010, c’est la profusion des mensonges, des fausses promesses du passé révélées non tenues, les faux a priori servant de surcroît à justifier une politique, enfin les mensonges par omission, les non-dits. Et la presse n’est pas étrangère à la diffusion des mensonges, notamment une presse mise au service du gouvernement et qui devient un outil de propagande, dérivant de sa mission d’origine. J’en cirerai quelques uns qui ont marqué l’année :

- Le bouclier fiscal, un véritable écran de fumée :

Initialement mis en place par le gouvernement Villepin à un taux de 60%, Nicolas Sarkozy a abaissé ce seuil à 50% en 2007. Objectif initial : lutter contre l'évasion fiscale et le départ de contribuables aisés à l'étranger. Or en mars 2009, la Cour des compte fait un rapport sur le bouclier fiscal, en notant les effets pervers et négatif sur les comptes publics. Ce rapport révèle que l'évasion fiscale a des conséquences marginales par rapport au coût du bouclier fiscal. Cet article montre aussi que la presse a traité très différemment l’événement pour faire ressortir une réalité différente selon les chiffres sélectionnés … Malgré la communication de Bercy cherchant à démontrer que le bouclier fiscal a bénéficié à des classes moyennes et a contribué à la baisse des exilés fiscaux, cet article de l’Expansion montre que ces vérités sont contestables : 10% des contribuables les plus riches bénéficient de 83% du bouclier fiscal. Comme le dit cet article de Les Echos, le gouvernement a dû admettre en avril 2010 que les départs ont été plus nombreux que le retour des exilés fiscaux. D’ailleurs, il est faux de prétendre que le critère de résidence des riches est déterminant pour la localisation des emplois, car les actionnaires peuvent investir dans des entreprises situées en dehors de leur pays de résidence !

- Le plan de relance : il a coûté plus que rapporté

Annoncé en décembre 2008 par Nicolas Sarkozy pour contrer la crise économique, le plan de relance, doté d’un budget de 26 milliards d’euros (34 milliards finalement sur 2009 et 2010), se voulait ambitieux et efficace. Or, un bilan en est dressé en septembre 2010 par la Cour des comptes (voir le résumé par mesure dans cet article de l’Expansion). La Cour des comptes estime que le plan de relance a coûté bien plus aux finances publiques qu'il n'a rapporté de croissance. Le verdict semble sans appel : l'impact sur la croissance du plan de relance serait d'environ 0,5 point de PIB sur 2009 et 2010, selon la Cour des comptes, très en deçà de son coût pour les finances publiques (1,4% du PIB).Il a cependant atténué les effets de la crise.

- Les paradis fiscaux : eh bien non, ce n’est pas fini !

Nicolas Sarkozy nous avait annoncé à la télévision le 23 septembre 2009 : «Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé !». Or, comme le signale un article du Parisien du 7 décembre 2010, faisant référence à un rapport publié ce jour par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), les choses ont très peu évolué pourtant depuis l’éclatement de la crise financière, il y a trois ans. Soucieuses d’alléger leur comptabilité, de payer moins de frais de siège ou moins de droits de propriété, par exemple, les multinationales ont bien compris les avantages qu’offre l’implantation dans ces territoires à la fiscalité parfois opaque et continuent comme avant à en profiter. Depuis le 1er mars, les entreprises françaises implantées dans l’un des 18 paradis fiscaux référencés par le gouvernement sont passibles de sanctions financières. « Ces dispositions ne valent que pour les pays n’ayant pas de convention fiscale avec la France », remarque Jean Merckaert, auteur du rapport. En revanche, pas de sanctions, a priori, pour les entreprises implantées dans des pays ayant un accord de coopération avec Paris. « Et comme ces Etats sont incapables de fournir des informations fiables sur les sociétés établies sur leur territoire, ajoute Jean Merckaert, pour ces dernières, le risque est quasi nul. »

Il n’y a pas que les multinationales qui font de l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux ou Etats pratiquant de secret bancaire. Comme les affaires Bettencourt et Wildenstein l’ont révélé, c’est chose courante chez les grosses fortune et nous sommes frappés par l’inertie de l’administration fiscale à cet égard. Le fait que ces fortunes soient de grandes donatrices au bénéfice de l’UMP, du parti du gouvernement, n’est pas anodin … Nous sommes en plein conflit d’intérêt et le gouvernement continue de nier l’évidence de ces conflits d’intérêt !

Mais le plus fort, c’est que la France s’avère être elle-même un paradis fiscal pour les riches ! En effet, l’affaire Bettencourt a aussi dévoilé qu’il suffit de loger les revenus mobiliers (dividendes des titres de l’Oréal) sur une société Holding (Téthys), détentrice des actions, société détenue à majorité par le bénéficiaire final. Cette société n’est imposée elle-même qu’à 1,6% sur ces revenus et le bénéficiaire final (Liliane Bettencourt) n’est imposé sur ses revenus que des sommes qui lui sont reversées par la société écran pour ses dépenses personnelles. Elle est donc imposée sur ses dépenses et non sur ses véritables revenus. Elle bénéficie du bouclier fiscal, censé garantir une limitation de l’impôt à 50% des revenus, mais si l’on rapporte l’impôt finalement payé sur les vrais revenus reçus au travers de ces sociétés écrans, le taux n’est plus que de 9%, le même que sur un petit salaire, comme le décrypte le Canard Enchaîné (voir cet article de l’Expansion) …

- Wikileaks : ce que « Sarkozy l’américain » ne nous avait pas dit

La révélation des câbles des services secrets américains a eu l’effet d’une bombe à vérité, déclenchant des réactions extrêmes avec d’un côté ceux qui dénoncent par cette révélation une « dictature de la transparence », de l’autre ceux qui s’ébahissent de vérités dévoilées qui en fait pour la plupart étaient connues de tous … Ce qui est assez choquant et aurait dû faire plus réagir la presse et le monde politique (le journal Marianne l’a fait), c’est la révélation des visites répétées que faisaient Nicolas Sarkozy en 2005 et 2006, alors ministre de l’Intérieur, à l’Ambassade des Etats-Unis, pour critiquer devant des officiels étrangers la position diplomatique de la France, de son propre gouvernement, pour dénoncer le veto français à l’ONU et l’arrogance du président Chirac et du premier ministre Villepin contre la guerre en Irak, assurer par avance ses amis américains de son allégeance aux Etats-Unis s’il devient président de la République. Ses révélations m’ont profondément choquée car j’y ai perçu une forme de traîtrise, touchant la raison d’Etat. En effet, Nicolas Sarkozy a tenu sa promesse d’allégeance aux américains en effectuant ce virage atlantiste, en décidant de la réintégration de la France dans le commandement armé de l’Otan, alors que cette décision n’avait aucunement été annoncée dans son programme présidentiel. Comme une promesse non tenue, une telle position prise sans avoir été annoncée, ce non-dit, est une forme de mensonge à l’égard des Français.

- Le Mediator : combien de morts évitées si on avait dit la vérité plus tôt ?

Comme dans le cas du nuage de Tchernobyl, qui se serait par miracle arrêté à nos frontières, comme le scandale du sang contaminé, qui aurait pu aussi limiter les morts par une application plus précoce du principe de précaution, l’affaire du médicament Mediator révèle que les services publics ont continué à autoriser sa vente alors que d’autres pays d’Europe l’avait interdit plusieurs années avant et de surcroît également à autoriser son remboursement par la sécurité sociale alors que son efficacité contre le diabète n’était pas démontrée … Selon l’UNOCAM, les remboursements du médicament ont coûté 423 millions d’euros en 10 ans à l’Assurance Maladie et aux complémentaires santé, médicament qui pourrait avoir été responsable de la mort d’au moins 2000 personnes.

- L’Allemagne, modèle à copier pour sa compétitivité, son moindre coût du travail et pour sa fiscalité : encore des fausses idées !

Nicolas Sarkozy nous a d’abord vanté le modèle américain, ce pays de cocagne qui donne sa chance à chacun, où le mythe du self-made-man fait rêver, de la ruée vers l’or à Bill Gates, le pays de l’argent facile et de la société de consommation, de l’endettement décomplexé. Il se trouve que les études récentes (OCDE notamment) montrent que c’est un des pays où la pauvreté a le plus augmenté et où les inégalités se sont le plus creusées. Comme je l’écrivais récemment dans cet article « Après le rêve américain, le mythe allemand », Nicolas Sarkozy et François Fillon veulent à présent nous montrer le modèle allemand comme l’exemple à suivre pour retrouver la voie du succès, tant sur le plan économique que fiscal. Rappelant que le succès des entreprises allemandes, notamment à l’exportation, a été possible au prix de dix ans de stagnation des salaires, de charges sociales moindres qu’en France, expliquant leur meilleure compétitivité. Or comme le montre cet extrait de rapport sur les comptes de la Sécurité Sociale en 2010, les chiffres démontrent que le coût du travail est plus important en Allemagne qu’en France, en brut comprenant les charges sociales (+38%) comme en net (+6%), alors que leur productivité est moindre qu’en France. La raison du succès des entreprises allemandes est autre. De plus, le taux de chômage allemand reste élevé malgré sa balance commerciale positive (7,1% en mai 2010 contre 10% pour la France, 9,3% au 3ème trimestre).
Du côté fiscal, même discours en trompe-l’œil. Il y un mois, Nicolas Sarkozy expliquait aux Français qu’il fallait viser la convergence fiscale avec l’Allemagne. Dans cet objectif : rester compétitif et éviter les délocalisations. Après avoir justifié le bouclier fiscal à 50% en prétendant que l’Allemagne l’avait mis en place depuis 15 ans (ce qui était faux), pour retenir les riches créateurs d’emplois sur le territoire, Nicolas Sarkozy nous dit maintenant qu’après réflexion (mais surtout sous la pression non seulement de l’opposition et de l’opinion mais même de son propre camp politique), il justifie sa suppression en disant que ce bouclier fiscal n’existe pas en Allemagne depuis 15 ans. Loin de se déjuger, il prouve par là son précédent mensonge !).
En fait, à bien regarder les chiffres, les prélèvements obligatoires (taxes + charges sociales contraintes) sont plus élevés en France en % du PIB mais la part des prélèvements sociaux et de l'impôt sur le revenu dans le coût du travail est supérieure en Allemagne (52% contre 49,3%).

- Les banques françaises, injustement montrées profiteuses de la crise et rétives à financer l’économie

On entend couramment dire, et c’est repris par la presse, que l’Etat a donné de l’argent aux banques, que les banques ont réduit leur financement à l’économie, qu’elles font du profit injustifié sur le dos des clients en engrangeant des marges d’intérêt importantes, qu’elles maintiennent des taux d’intérêt élevés à l’égard de leurs clients alors que la liquidité est fournie à 1% par la BCE ou sur le marché interbancaire. Là aussi, il y a mensonges sur les chiffres et amalgames trompeurs, comme je l’ai souligné dans cet article récemment. La FBF (Fédération Française des Banques) vient de publier une brochure « Parlons clair » pour démontrer par les chiffres que d’une part le soutien de l’Etat aux banques françaises n’a rien coûté au contribuable et a même rapporté 2 milliards d’euros au budget de l’Etat (sans compter la nouvelle taxe bancaire qui a rapporté 1,3 milliards en 2009 et une nouvelle taxe qui rapportera 500 millions en 2011), d’autre part que les encours de prêts à l’économie ont augmenté de °3,6% (alors que le PIB augmentait de 1,4%) et que les taux d’intérêt français sont parmi les plus bas d’Europe (3,22% en moyenne).

Bien sûr je ne nie pas la part de responsabilité des banques dans l’origine et la propagation de la crise financière (notamment plutôt des banques américaines), je ne nie pas les méfaits de la spéculation financière, ni le caractère indécent et injuste des bonus mirobolants versés aux traders et aux dirigeants, bonus calculés sur un profit sans tenir compte du coût du risque, ce qui est anormal. Mais dénonçons en connaissance de cause, sur des faits réels et non sur base de fausses idées.

 

Pour conclure, ce que je souhaite avant tout pour 2011, de la part du gouvernement, des personnalités politiques, de la presse et des médias, c’est LA VERITE.

Comme le disait la philosophe Hannah Arendt, « l’exigence de vérité est en elle-même une œuvre d’action politique ». Souhaitons que la presse œuvre pour l’exigence de vérité, par sa curiosité et son investigation, qu'elle ait une action pédagogique dans l’analyse comparée des faits, des opinions, des expériences des autres pays.

Aujourd’hui, la presse relaie des informations déjà pré mâchées, des dépêches et des annonces, rapidement, l’une succédant à l’autre et faisant oublier la précédente, une information plus ou moins copiée sur l’autre. Peu de temps pour l’analyse, peu de temps pour la réflexion, pour la recherche des causes et l’évaluation des conséquences, peu de motivation pour la critique et la comparaison des vérités. Or la première tâche des journalistes est de fournir de l’information sur des faits justes et pas seulement l’information délivrée par les canaux officiels.

 

Les journalistes ont une responsabilité immense dans l’équilibre de la démocratie, l’information et la formation du peuple, dans la formation de sa conscience et de sa responsabilité, du discernement et de son sens critique, comme dans la gestion de sa déprime et dans la confiance de la société en elle-même et dans la politique. La manière dont ils couvrent les faits, en rendent compte ou au contraire les occultent, oriente le sentiment général de défiance ou de confiance, de confusion ou de clarté, de mensonge ou de vérité, de malaise ou d’harmonie.

 

J’ai aussi un message à destination des personnalités politiques : il faut redonner l’espoir sans pour autant bercer le peuple d’illusions. Il faut être optimiste sans cacher la vérité. Ne pas attendre passivement que la croissance revienne, en laissant croire que le plan de relance tout seul va être capable de créer des emplois sur fond de désindustrialisation et de délocalisation non seulement industrielle mais aussi des services, en entretenant l’illusion qu’un simple renfort de régulation va sécuriser les marchés dans la mondialisation. Il faut aller plus loin, à la source des maux. Ne pas laisser croire non plus que l’Etat peut tout prendre en charge, qu’on aura les moyens de financer toutes les mesures que le PS préconise dans ce document de 40 pages pour « l’égalité réelle », qu’il vient de produire et de valider sans le chiffrer, malgré les réticences exprimées par certains de ses représentants comme François Hollande et Manuel Valls, doutant de son réalisme.

 

Je vous souhaite donc à tous ESPOIR ET VERITE pour 2011 !

 

 

 

 

27/09/2010

François Bayrou : "Il faut de la vérité. Ce n'est pas seulement une vertu morale, c'est une philosophie de l'action"

Dimanche, en clôture des universités de rentrée du Mouvement Démocrate, placées sous le signe de "l'espoir et des valeurs", François Bayrou a prôné "trois révolutions" : celles de la vérité, de la simplicité (priorité à l'éducation des enfants et à la reconquête de la production pour la relocaliser si possible en France) et de la démocratie, pour changer la société française en 2012.

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Je voudrais en particulier développer l'exigence de vérité, car elle est essentielle, tout commence par là, elle est même une "œuvre d’action politique" comme le disait Hannah Arendt, et c'est à la fois une affaire des citoyens, des politiques et de la presse et des médias, par leur curiosité et leur investigation, leur action pédagogique dans l’analyse comparée des faits, des opinions, des expériences des autres pays.

Comparé à Jacques Chirac, que les Guignols qualifiaient de "super-menteur", Nicolas Sarkozy est largement un "hyper-menteur", de même que plusieurs membres de son gouvernement. Qui avait promis de ne pas toucher à la retraite à 60 ans ? Qui avait promis que GDF ne serait pas privatisé ? Qui avait promis le pouvoir d'achat ? Qui a dit que les paradis fiscaux, c'était fini (n'est-ce pas Madame Bettencourt !) ? Qui avait assuré à la Commission européenne que la politique sécuritaire ne ciblait pas les Roms ? qui avait promis qu'il ne connaissait pas Patrick de Maistre, puis ne l'avait pas appuyé pour la légion d'honneur ? Qui avait approuvé la proposition d'un jugement par un arbitrage privé en faveur de Bernard Tapie alors que la Cour de Cassation avait déjà rendu un verdict défavorable et que la Justice aurait dû suivre son cours et nous promettait que en final Bernard Tapie ne toucherait "que" 20 à 30 millions d'euros alors qu'il en perçoit finalement 220 ? ...

Face à ces mensonges de la droite UMP, il y a aussi ceux de la gauche, du PS, qui entretient les Français dans l'illusion, les promesses de redistribution (des "petits pains au chocolat" comme dit Jean-François Kahn dans sa chronique du dernier Marianne), de hausses d'impôts multiples, l'illusion d'un retour à la retraite à 60 ans, sans préciser que ceux qui feraient encore ce choix sans disposer des annuités donnant droit à un taux plein, se verraient très lourdement pénalisés, d'autant plus que le PS prône un alourdissement de la décote !

La vérité sur le déficit, la vérité sur la situation de la France, sur ses capacités, sur son retard éducatif de plus en plus prononcé, et sur les retraites, sur les abus de pouvoir, sur les conflits d'intérêt entre les intérêts publics et les intérêts privés, c'est bien François Bayrou et ses compagnons de route Marielle de Sarnez, Jean Peyrelevade, Jean-Jacques Jégou, Robert Rochefort etc. qui l'ont dite, qui n'ont pas eu peur de la dire, ni de faire des fausses promesses aux Français.

La vérité sur les faits dans la presse s'est surtout exprimée grâce à quelle presse ? Mediapart (affaire Tapie, Pérol, Bettencourt,Karachi,...), Marianne et Le Canard Enchaîné. Comme par hasard, seuls journaux vraiment indépendants ...

Il faut redonner l’espoir sans pour autant bercer le peuple d’illusions. Il faut être optimiste sans cacher la vérité. Ne pas attendre passivement que la croissance revienne, en laissant croire que le plan de relance tout seul va être capable de créer des emplois sur fond de désindustrialisation et de délocalisation non seulement industrielle mais aussi des services, en entretenant l’illusion qu’un simple renfort de régulation va sécuriser les marchés dans la mondialisation.

Comme peut l’être une personne, la société dans son ensemble est malade. Elle souffre d’un mal physique : réchauffement climatique, pollution et détérioration non seulement de l’environnement mais aussi de la santé humaine, pandémies, faim, cancer, Alzheimer,… Elle souffre surtout aussi d’un mal psychologique, d’un mal être, d’absence de repères, de perte de confiance aussi, de problème de mémoire, du zapping permanent dans l’instantanéité. Elle ne sait plus où elle va car elle ne sait plus d’où elle vient. La recherche de liberté individuelle et du confort personnel s'est accompagnée d'une affirmation et même d'une revendication de la priorité des valeurs matérielles et a renforcé l’individualisme, le chacun pour-soi, institutionnalisant la contribution sociale à la solidarité en la déléguant à l’Etat avec un délitement progressif du lien social qui était fait d’entraide naturelle, de dialogue, de relations humaines.

Comme chez l’être humain, une société, un peuple, a une mémoire, traduite dans son histoire, les livres, les films, les archives, la pierre. Elle a aussi un inconscient, un ressenti et des non-dits, forgeant des comportements, formant des courants qui convergent sans que chaque être qui la compose n’en soit forcément conscient lui-même, formant des courants historiques (les guerres de religion, la Renaissance, les lumières, la révolution française, montée du nazisme, totalitarisme, la société de consommation,…) et dessinant aussi les grands tournants et l’avènement de contre-courants (révolution française, résistance, chute du mur de Berlin,…). Aujourd’hui, la récente crise financière, concomitante avec la prise de conscience de la crise écologique du réchauffement climatique et de la raréfaction des ressources terrestres, la crise énergétique, alors même que les moyens manquent, que les dettes deviennent insupportables et pénalisent les générations futures, nous ont conduit à un comportement de culpabilisation, de stress, de déprime. Les gouvernants cherchent à rassurer en minimisant les données de crise, en se félicitant de leurs vaines ou insuffisantes actions. A force de repousser l’échéance des problèmes, de mentir et de ne pas tenir leurs promesses, les politiques ont perdu la confiance des citoyens, laissant la place au désintérêt politique, à l’abstention, au renoncement. Les citoyens votent de moins en moins, désertent de plus en plus les partis politiques et s’en moquent.

 

La société est malade. Or pour un être humain qui souffre, il y a les psychologues, les assistantes sociales, les médecins … Pour la société et l’humanité dans son ensemble, il y a d’un côté des philosophes et des sociologues qui essaient d’analyser et de comprendre les maux, de l’autre des partis politiques et des hommes ou des femmes politiques qui montrent (ou essaient de montrer …) un remède ou un chemin à suivre. Mais il n’y a pas de médecins ou de psychologues pour soigner la société globalement en profondeur, à la source, l’apaiser, la calmer, l’aider à sortir de la déprime. Si ce n’est le divertissement, le jeu, le sport spectacle, qui aident à oublier les maux (Pascal l’avait très bien prophétisé).

 

 

Or pour soigner un mal psychologique, plutôt que le cacher en cherchant à l’oublier, la première chose à faire est la recherche de la vérité, savoir d’où vient le mal, prendre conscience de ce qui a provoqué les symptômes. Pour cela, au niveau global d’une société, les philosophes, les anthropologues et les sociologues sont d’une aide précieuse. Mais la vérité est aussi l’affaire des journalistes, des métiers d’information, ainsi que des politiques. Les Français attendent qu’on leur dise la vérité. La vérité sur leurs risques de santé, la vérité sur le risque d’approvisionnement énergétique, la vérité sur les finances publiques et ce que signifient la dette abyssale et notamment des déficits sociaux devenus insoutenables, et leur conséquence… Savoir si ces risques étaient prévisibles, alors pourquoi n’a-t-on rien fait ou si peu fait ?

Aujourd’hui, la presse relaie des informations déjà pré mâchées, des dépêches et des annonces, rapidement, l’une succédant à l’autre et faisant oublier la précédente, une information plus ou moins copiée sur l’autre. Peu de temps pour l’analyse, peu de temps pour la réflexion, pour la recherche des causes et l’évaluation des conséquences, peu de motivation pour la critique et la comparaison des vérités. Or la première tâche des journalistes est de fournir de l’information sur des faits justes et pas seulement l’information délivrée par les canaux officiels. C’est la moindre des choses qu’ils doivent aux citoyens dans une démocratie. Et lorsqu’un homme politique s’exprime sur une crainte, par exemple sur le problème des sondages manipulés par l’Elysée, des médias sous contrôle des puissances financières, les modes de scrutin majoritaires nuisant à la représentation démocratique, etc., c’est de vérifier les faits et au vu des faits comparer les points de vue, ce qui se pratique dans les autres pays. Plutôt que prendre des critiques ou des craintes exprimées comme l’expression d’une manœuvre politicienne.

Les journalistes ont une responsabilité immense dans l’équilibre de la démocratie, l’information et la formation du peuple, dans la formation de sa conscience et de sa responsabilité, du discernement et de son sens critique, comme dans la gestion de sa déprime et dans la confiance de la société en elle-même et dans la politique. La manière dont ils couvrent les faits, en rendent compte ou au contraire les occultent, oriente le sentiment général de défiance ou de confiance, de confusion ou de clarté, de mensonge ou de vérité, de malaise ou d’harmonie.

Le devoir de la presse et des médias en général devrait donc être d'abord celui de toujours rechercher et de dire la vérité des faits. Le deuxième est celui de rendre compte de l’analyse comparée de ces faits, de leurs causes et de leurs conséquences, de les relativiser dans le monde qui nous entoure. Sur les questions de réformes de loi électorale et d’organisation territoriale, sur le système de santé et de retraite, sur le financement de la recherche, etc. Ainsi, expliquant simplement aux français ce qui est fait dans d’autres pays, la presse donnerait une vision moins étriquée des problèmes de notre pays. Le troisième serait à mon avis de favoriser et d’organiser plus fréquemment des débats entre les partis, les experts de la vie civile, les représentants des professions, des syndicats et des associations, sur des questions de fond et en rendre compte aux citoyens.  Car non seulement nous sommes en manque de vérité, mais aussi en manque de dialogue et de consensus. Même le Parlement n'est plus un lieu de débat ni de consensus, mais il est devenu une chambre d'enregistrement des décisions prise par le gouvernement ...

 

Mediapart avec Edwy Plenel est dans cet esprit, de même que Marianne et Jean-François Kahn qui organisent des débats à thème, et certains think-tanks qui ont cherché à combler ce vide. Merci à eux, mais faut-il encore que leurs travaux soient publiés et relayés par la presse.

11/07/2010

L’actualité politique révèle que François Bayrou avait raison sur les abus de pouvoir

Ce dimanche matin François Bayrou était l’invité sur Europe1 au « Grand Rendez Vous Politique » de Jean-Pierre Elkabbach et de Bayrou-europe1-110710.jpgPatrick Cohen.

 

9782259208765.gifDécidément, le livre « Abus de Pouvoir » écrit l’an dernier par François Bayrou démontre que ce dernier avait raison sur tout, sur toutes ces dérives, sur le non respect de principes démocratiques et républicains, sur les conflits d’intérêt entre la sphère publique et la sphère privée, sur la politique mise au service des intérêts de quelques uns, des privilégiés, sur le verrouillage de la presse et des médias et combien il est heureux que se soit créée une presse indépendante sur Internet comme Mediapart, …

 

François Bayrou ne s’est pas trompé sur le diagnostic, sur les dérives, sur la racine du mal : l’introduction de l’argent dans la société en tant que valeur.

 

Dépassant les discussions habituelles de l’effervescence médiatique et du bouillonnement politique autour de cette affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy, la parole des uns contre celle des autres, les accusations personnelles, croyance ou non en l’honnêteté d’un homme politique, François Bayrou s’est exprimé sur la gravité de ce qui est à l’origine de cette affaire et qui exprime une crise profonde de la société et de la République, des institutions, une crise des valeurs de la société et de la démocratie française, une crise à la fois politique et morale.

 

Les Français ont besoin d’un gouvernement que l’on respecte et à l’abri de tout soupçon. Il faut d’urgence un sursaut républicain, sur cinq points :

1-     Le conflit d’intérêt entre les responsables publics et les intérêts privés. Ne pas autoriser les situations où le soupçon devient possible sur des responsables politiques censés défendre l’intérêt général alors qu’eux ou leurs proches bénéficient d’intérêts privés dépendant des décisions de ces responsables ;

2-     L’exigence d’indépendance réelle de la justice : nécessité de saisir un juge indépendant sur cette affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy ; l’intervention d’un procureur (Philippe Courroye), nommé par le président de la république contre l’avis du Conseil Supérieur de la Magistrature, [ndlr de surcroît juge et parti], en conflit avec le juge du tribunal de Nanterre (Isabelle Prévost-Desprez), est intenable ; de plus les auditions des témoins se font sans présence de leurs avocats, les procès verbaux divulgués dans la presse n’ont pu l’être qu’avec la complicité du procureur lui-même ou de la police,…

3-     L’injustice fiscale : la révélation concrète de ce que représente le bouclier fiscal : un remboursement de 30 millions d’euros à une milliardaire qui n’en avait pas besoin …

4-     Le problème de liberté et d’indépendance de la presse : le fait que ces scandales touchant l’intérêt public aient été révélés par une nouvelle presse libre, indépendante financièrement et publiant sur Internet, Mediapart, [ndlr de même que par Le Canard Enchaîné ou le journal Marianne] démontre qu’il est heureux et salutaire que cette presse existe, non soumise aux puissances financières ni à l’audiovisuel ou à la radio publics dont le président est nommé par le pouvoir ;

5-     L’opacité et les contournements du financement des partis politiques, la création de structures artificielles qui sont au service d’intérêts privés et non de partis [ou qui servent de manière illégale des partis] : il découvre qu’il existe environ 300 structures du même type que « l’association de financement de l’action politique de Eric Woerth ». Ceci est un détournement de l’esprit de la loi.

 

Sur le premier point, François Bayrou propose que soient prises concrètement deux mesures d’urgence :

1-     Une loi définissant et codifiant le conflit d’intérêt : les élus, les responsables politiques, doivent servir l’intérêt général et non des intérêts privés. Si par exemple un membre de leur famille proche occupe un poste ayant un intérêt financier, économique, qui pourrait dépendre d’une décision ou de l’action de ce responsable, il ne faut pas admettre cette situation ;

2-     La mise en place d’une autorité indépendante à laquelle on pourrait soumettre un conflit d’intérêt a priori, une commission pluraliste qui pourrait en juger et statuer. Idem pour la question du financement public.

 

Il faut faire la différence entre le « conflit d’intérêt », qui place le responsable politique dans une situation de soupçon, même s’il n’a pas l’intention d’être malhonnête, et « la prise illégale d’intérêt », bannie par la loi, qui n’est qu’une conséquence d’un conflit d’intérêt qui a permis ce délit.

 

Plutôt que réclamer la démission d’un homme ou de polémiquer sur la parole de l’un contre celle de l’autre et poursuivre dans les invectives, François Bayrou pose correctement le problème à la racine et propose des solutions claires. Le président de la république les suivra-t-il ? Rendez-vous demain soir sur France 2 pour écouter son allocution devant les Français …

15/10/2009

Soutenez l’indépendance de l’AFP en signant sa pétition !

L’indépendance de la presse est une condition nécessaire à l’épanouissement de la démocratie. Elle est malheureusement aujourd’hui bien mise à mal, par sa dépendance croissante à l’égard des subventions d’Etat, par un noyautage des puissances financières actionnaires, dont les majeures vivent de contrats sur des marchés d’Etat, sans parler également du même phénomène observé sur les médias audiovisuels, de la récente réforme de l’audiovisuel public accentuant l’emprise du gouvernement sur l’opinion, ainsi que de la manipulation des sondages par l’Elysée récemment dénoncée.

 

Il reste encore un bastion d’indépendance et de professionnalisme incontesté : l’AFP, l’Agence France Presse, présente en France et presque partout dans le monde, qui alimente la presse de ses dépêches, lui fournissant la matière première de l’information.

 

L'AFP est dotée d'un statut unique, défini par une loi de 1957 destinée à garantir son indépendance structurelle à l'égard des pouvoirs publics et de tout autre "groupement idéologique, politique ou économique". Sa mission est "de rechercher tant en France qu'à l'étranger les éléments d'une information complète et objective". C’est en quelque sorte un service public. Cette mission doit primer sur les questions de rentabilité.

 

Evoquant des questions d’autonomie financière et de rentabilité, le gouvernement a souhaité changer le statut de l’AFP et a mandaté M. Louette, son PDG, " pour proposer un changement de statut qui doit notamment "doter l’Agence d’un actionnariat stable" et "conforter son rayonnement international et européen". Cette annonce provoque une grande inquiétude au sein du personnel de l’AFP. L'intersyndicale  a lancé une  pétition "SOS-AFP" le 27 novembre 2008. Elle appelle à refuser "toute modification qui aurait pour effet soit de transformer l'AFP en agence gouvernementale, soit de la livrer en totalité ou en partie à des entreprises privées quelles qu'elles soient et sous quelque forme que ce soit". Elle exige que l’agence conserve sa particularité, sa capacité à remplir sa mission d’intérêt général et son indépendance structurelle. Par conséquent, elle s’oppose à toute modification qui dénaturerait son statut, inscrit dans la loi de 1957.

 

Cette pétition a recueilli 19 500 signatures à ce jour, notamment de nombreux journalistes, dont Edwy Penel et Laurent Mauduit, de personnalités politiques telles que Martine Aubry, François Bayrou, Corinne Lepage, Marielle de Sarnez, Cécile Duflot, Ségolène Royal, Olivier Besancenot, Marie-Georges Buffet, Manuel Valls, Dominique Voynet, Jean-Louis Bianco, José Bové, Yves Cochet, Gérard Collomb, Bertrand Delanoë, François Hollande, Benoît Hamon, Clémentine Autain, David Assouline, et de philosophes, artistes, etc. Dans quelques jours, la pétition sera remise au gouvernement. Afin qu’elle dépasse largement 20 000 signatures, apportez aussi votre soutien et joignez-vous nombreux aux signataires !

 

Pétition « SOS-AFP » : http://www.sos-afp.org/

 

http://www.mediapart.fr/journal/economie/300509/repensant-son-avenir-l-afp-recrute-frederic-filloux

 

http://www.challenges.fr/depeches/20091007.AFP4498/?xtmc=frederic_mitterrand&xtcr=3

 

Contre la concentration des médias et pour un nouveau modèle économique : http://www.mediapart.fr/club/edition/association-des-lecteurs-de-mediapart-alm/article/280209/contre-la-concentration-des-me

 

00:08 Publié dans Analyse politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : afp, presse, pétition |  Facebook | | |

22/09/2009

Les conférences de presse mises à mal : un symptôme de la crise de la démocratie en France

Thomas Legrand.jpgThomas Legrand, chroniqueur politique sur France Inter, vient de publier un excellent article sur Slate.fr, remarquant que Nicolas Sarkozy ne tient pas de conférences de presse en France, contrairement à ses homologues à l'étranger qui se prêtent volontiers régulièrement à l'exercice. Hormis  la grande Conférence de presse du 8 janvier 2008, exceptionnelle et très convenue, devant 400 journalistes, avec on se souvient la seule impertinence de Laurent Joffrin au sujet de la "monarchie élective", rapidement renvoyé dans ses buts par un président condescendant n'acceptant aucune critique et sous les ricanements en échos de nombreux journalistes présents, qui ont clôturé la séance par des applaudissements !

 

Comme le dit Thomas Legrand très justement :

"Dans tous les autres pays démocratiques, quand une difficulté survient, quand une polémique prend trop d'ampleur, qu'un conflit s'enlise ou, tout simplement quand le Président, ou le chef de l'exécutif, a une annonce particulièrement importante à faire, il organise une conférence de presse avec la presse accréditée chargée de suivre les activités du chef de l'État ou du gouvernement. Parfois, c'est la presse spécialisée dans un certain domaine qui est conviée pour poser des questions plus précises sur une réforme envisagée par le pouvoir. Ce sont des exercices réguliers et naturels.[...] Dans n'importe quel autre pays démocratique il n'aurait pas été possible par exemple que le Président annonce, tout de go et sans possibilité de questions, la future suppression du juge d'instruction. "

Mais lorsqu'il y a conférence de presse de personnalités politiques, j'ai remarqué que les questions étaient souvent superficielles, redondantes entre journalistes, manquaient de professionnalisme. J'ai assisté à plusieurs conférences de presse de personnalités politiques lors de la campagne des élections européennes et j'ai été très surprise (et déçue) de remarquer que toutes les questions étaient centrées sur des potins, des rumeurs, des réactions à des petites phrases, qui souvent n'avaient rien à voir avec le sujet (réaction au discours de Ségolène Royal à Dakar, main tendue de François Hollande au Modem, etc). C'est vraiment dommage, c'est gâcher l'exercice démocratique. C'est un des symptômes de la crise de notre démocratie en France. Et je ne pense pas que ce soit ce que veulent les Français.

Alors je prends Thomas Legrand au mot : chiche, faites une pétition pour tous les journalistes, afin de demander des conférences de presse régulières en direct du président de la République, et exhortant les journalistes à revenir sur les sujets de fond !

22/03/2009

MEDIAPART, une bouffée d’oxygène pour la démocratie

mediapart_logo.jpgIl y a un an, le 16 mars 2008, naissait MEDIAPART, nouveau journal indépendant, fondé par Edwy Plenel, François Bonnet et Laurent Mauduit, anciens journalistes au Monde. Rejoignant le club des journaux citoyens du Web, où l’on retrouve AgoraVox, la Télélibre, Rue89, Backchich, … MEDIAPART a conquis de nombreux lecteurs par la qualité de ses analyses, par ses informations inédites, scoops relayés ensuite par les médias traditionnels, par la redécouverte d’un journalisme d’investigation et d’engagement politique de défense des valeurs de la démocratie, par sa vigilance démocratique, ainsi que par sa relation étroite et participative avec ses lecteurs. Il nous a donné une véritable bouffée d’oxygène dans ce monde médiatique pollué par la dépendance financière à l’égard des actionnaires ou des annonceurs en connivence avec le gouvernement.

 

 MEDIAPART a fait le pari Internet, ne subissant ainsi pas les coûts d’édition et de distribution de la « vieille presse » papier, tout en bénéficiant des nouveaux outils multimédias disponibles sur Internet ainsi que de la participation interactive des lecteurs internautes sur leurs blogs, au sein d’éditions participatives sur des thèmes et par leurs commentaires à la fois critiques, enrichissants et constructifs, attestant aussi l’adhésion ou au contraire l’aversion des lecteurs aux faits relatés et aux analyses produites.

 

MEDIAPART a aussi fait le choix délibéré de l’actionnariat indépendant des groupes financiers, les journalistes fondateurs étant majoritaires et le reste de l’actionnariat étant composé d’actionnaires privés indépendants, de lecteurs soutenant le projet. Il a aussi opté pour  l’abonnement payant, même si le prix est très raisonnable (9 euros par mois, avec possibilité d’annuler l’abonnement librement sans frais). Ceci pour ne pas subir le joug des annonceurs.

 

Ce nouveau modèle est intéressant et peut se révéler précurseur face à une presse traditionnelle subissant une grave crise économique et démocratique, incapable de rentabiliser ses coûts face à des recettes en chute libre et à la baisse de son lectorat, suicidaire en fournissant gratuitement sur Internet ses contenus payants sous forme papier, assujettie aux pressions de ses actionnaires et de ses annonceurs.

 

Ce nouveau modèle paraît aussi novateur en tant que nouvel outil politique de vigilance démocratique citoyenne sur des thèmes transcendant les partis politiques, comme la défense des valeurs de la démocratie. Quelle que soit la couleur politique éventuelle des lecteurs ou leur neutralité politique, ceux qui se reconnaissent dans ces valeurs et sont animés de la volonté de les défendre se retrouvent au sein de ce journal. Il est vrai que MEDIAPART a la réputation d’être « de gauche » (de l’extrême gauche au centre d’opposition sans exclure des membres de la droite attachée aux valeurs républicaine), la réputation surtout d’être « anti-sarkozyste », du fait des critiques ouvertement faites par Edwy Plenel et d’autres de ses journalistes envers la façon dont Nicolas Sarkozy conduit la présidence du pays, que ce soit dans la manière dont il exerce le pouvoir comme dans ses prises de position qu’il impose maintenant au pays, sans contrepouvoir ou face à des contrepouvoirs annihilés, émasculés, impuissants. Mais ce n’est pas la personne de Nicolas Sarkozy qui est visée, ni même le parti qui l’a porté au pouvoir qu’est l’UMP, c’est bien les faits, les décisions prises lorsqu’elles contreviennent au respect de la démocratie et de la République, à l’intérêt général des citoyens, ou dans le comportement irrespectueux à l’égard de ces derniers ou de la loi que l’Etat est sensé garantir, qui motivent ces critiques.

 

Rappelons ainsi que la démocratie, idéal de gouvernance de la société par le peuple, exige pour fonctionner correctement :

1- un cadre institutionnel garantissant la représentation fidèle des citoyens, des courants d’opinion, la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires et aussi financiers et médiatiques, la liberté individuelle et le droit de vote,

2- un droit à l’éducation pour tous les citoyens afin de leur permettre d’exercer leur conscience et leur responsabilité, de savoir analyser l’information, de tirer des conséquences de l’histoire, de discerner le vrai du faux, les propositions crédibles des discours démagogiques,

3- un accès libre à l’information et la liberté de la presse, la garantie d’un pluralisme des courants d’opinion et de l’indépendance de la presse et des médias.

 

Aujourd’hui ces trois piliers sont mis à mal. La séparation des pouvoirs n’est pas respectée. La justice est mise au pas par le gouvernement, son indépendance est niée, le parquet est sous l’autorité de la Chancellerie, du Garde des Sceaux qui lui-même est membre du gouvernement. La connivence entre le pouvoir exécutif et les puissances financières, qui elles-mêmes détiennent en majorité le pouvoir médiatique, la soumission de l’audiovisuel public (40% d’audience) à l’autorité du chef de l’Etat, sont une entrave au fonctionnement démocratique. La soumission de fait de l’Assemblée Nationale au bon vouloir présidentiel par le fait majoritaire qui donne beaucoup plus de pouvoir, dans des proportions considérables, au parti du gouvernement comparé au score des votes au législatives, donc ne représentant pas les citoyens de façon équitable, fait partie de ces anomalies.

L’éducation remplit de moins en moins sa mission, toujours plus privée de moyens, bénéficiant de fait plus aux populations favorisées. Le décervelage organisé des citoyens au travers des émissions télévisées débilisantes, les jeux d’argent et le star system, utilisant les minutes ou les heures de cerveau disponible à anesthésier les citoyens plutôt qu’à éveiller leur conscience et leur responsabilité, la peopolisation de la vie politique, participent  à cette démobilisation, à cette déculturation, à la perte de confiance dans les politiques, le désintérêt croissant qu’ont les citoyens envers la chose publique et la presse écrite.

 

MEDIAPART, en défendant ces valeurs et en redonnant goût aux citoyens pour la presse, la lecture, la politique, est un véritable outil politique et démocratique, fait œuvre de salubrité publique, mais il est plus que ça. Il nous redonne de l’espoir, de l’oxygène, de l’enthousiasme.

 

Hier, en accueillant ses lecteurs dans ses locaux du XIIème arrondissement rue Brûlon, pour une série de débats thématiques passionnants, MEDIAPART nous a montré qu’il n’était pas virtuel, mais bien humain, ancré dans la réalité, concret et tourné vers l’avenir.

 

25/08/2008

Pour le pluralisme et l'indépendance des médias

Texte repris de la pétition de vigilance orange que j'avais lancé l'an dernier.

Voir aussi le document joint représentant schématiquement la pieuvre médiatique (date de 2003 ou 2004 mais l'essentiel reste valable. La concentration s'est encore accentuée avec le rachat des Echos par Bernard Arnaud qui possédait déjà la Tribune notamment). L'imprmer en couleur de préférence en A3 : Pieuvre_Presse.pdf

François Bayrou l'avait déjà dénoncé haut et fort il y deux ans en direct au JT d 13h de TF1 face à Claire Chazal : l'emprise du pouvoir sur la presse et les médias, notamment par le biais des interdépendances financières, mine la démocratie.

Nous assistons ces dernières années à une concentration croissante des entreprises de presse, nuisant au pluralisme de l’information. De surcroît, ces médias sont détenus en majorité par des groupes industriels et financiers qui dépendent économiquement par leurs marchés de l’Etat, donc du pouvoir politique. Ces deux facteurs représentent une réelle menace pour notre démocratie.

Le grand nombre de titres de presse écrite, de chaînes de télévision, d’éditeurs de livres masque l’ampleur de la concentration dans les médias et ses effets dévastateurs. Les médias sont en majorité intégrés à des groupes industriels (Lagardère, Bouygues, Dassault, ...) :

- TF1, contrôlée par Bouygues, est en position dominante, représentant plus du tiers de l’audience totale de l’ensemble des chaînes de télévision en France. Bouygues dépend de contrats d’Etat, de collectivités locales, dans ses activités de bâtiment, de construction. La famille Bouygues, dont nous connaissons la proximité avec l’actuel président de la République, est le premier actionnaire du groupe. Les groupes Pinault et Arnault sont aussi actionnaires de Bouygues.

- L’alliance Vivendi-Lagardère domine dans la télévision payante (Canal Plus, Canalsatellite). Lagardère contrôle en propre cinq chaînes de télévision et produit et distribue des programmes pour la télévision. Le groupe Lagardère dépend de commandes de l’Etat dans le domaine de l’armement.

- La concentration connaît la même ampleur dans le secteur de la presse écrite : l’avionneur Dassault a pris le contrôle de la Socpresse (80%) détenant l’Express, le Figaro, Valeurs Actuelles ainsi que plusieurs quotidiens nationaux et régionaux. Les liens de ce groupe avec l’Etat sur le marché de l’armement sont évidents. Lagardère, également présent dans l’armement, a aussi une position dominante dans la presse au travers de Hachette-Filipacchi (Paris-Match, Elle, le Journal du Dimanche, La Provence, Ici Paris, Nice Matin,...). Enfin dernière affaire en date : Arnault, détenteur de la Tribune, a racheté au groupe Pearson du quotidien financier Les Echos.

- Enfin dans l’édition, la domination de Lagardère s’impose au travers de la liste des maisons d’édition qu’il contrôle : Hachette, Fayard, Grasset, Hatier, Hazan, La Masque, Marabout, Pluriel, Stock, Le Livre de Poche, Larousse, Armand Colin, Dalloz, Dunod... Il est le premier éditeur de livres et le deuxième libraire de France (réseau Relay, magasins Virgin).

Ces groupes sont eux-mêmes liés entre eux : certains administrateurs de groupe Lagardère sont administrateurs du groupe Bouygues. Arnaud Lagardère lui-même est administrateur de LVMH qui appartient au groupe Arnault, lequel est actionnaire de Bouygues ! Arnaud Lagardère est aussi actionnaire de EADS qui dépend de commandes également liées à l’Etat.

Le pouvoir politique dépend du pouvoir télévisuel en même temps que les groupes contrôlant les médias télévisuels peuvent utiliser le pouvoir conféré par la télévision au bénéfice de leurs autres activités (défense, bâtiment, téléphone...). La législation anti-trust et anti-concentration est manifestement insuffisante pour entraver cette concentration et les liaisons dangereuses entre les activités industrielles et le contrôle de la télévision.

L’ampleur de cette concentration met en cause l’indépendance des hommes politiques vis-à-vis des médias, le pluralisme et la qualité de l’information et rend donc nécessaire, et urgente, l’adoption d’une loi limitant réellement la concentration dans les médias.

Par ailleurs, les journalistes eux-mêmes craignent pour leur indépendance et s’insurgent contre des dérives concernant la direction de leur journal, notamment suite au licenciement de Alain Genestar de la direction de Paris Match, aux tentatives de perquisitions au Canard Enchaîné dans le cadre de l’affaire Clearstream et désormais à la crise aux Echos et à La Tribune (rappelons-nous également les pressions sur le Journal du Dimanche pour ne pas publier le « non vote » de Cécilia Sarkozy et l’avis demandé par Jean-Pierre Elkabbach à Nicolas Sarkozy sur le journaliste devant suivre sa campagne !) . Dans une lettre adressée au président de la République en juillt 2007, les sociétés de journalistes de 27 médias demandent des mesures légales garantissant l’indépendance de la Presse.

L'initiative récente et inattendue (la ministre de tutelle de la culture n'était pas au courant et l'a appris par conférence de presse du président) du président Sarkozy visant à supprimer la publicité sur le service audiovisuel public et à nommer directement son président, ne fait que confirmer et renforcer cette main mise par le gouvernement sur l'opinion publique.

A l'automne 2008 sont annoncés des "états généraux de la presse", sous la présidence de Emmanuele Mignon, ancienne Directrice du Cabinet du Président Saozy (celle qui avait déclaré que les sectes, notamment la scientologie, ne posaient pas de problèmes ...) et la coordination de Bernard Spitz (animateur des Gracques et ancien proche de Michel Rocard, ex responsable de la stratégie à Canal Plus, que je connais très bien personnellement et sur qui je compte faire avancer le sujet ...). Il faudra être vigilant car Nicolas Sarkozy va certainement profiter de cette occasion pour s'attaquer à Internet, qu'il a plus de mal à contrôler et qu'il rend responsable de la fuite des lecteurs de la presse traditionnelle, contibuant à la faillite de cette dernière (il pourrait proposer de taxer Internet pour subventionner la presse, ainsi que contrôler son contenu).

Profitons de ces états généraux pour faire face à cette menace de l'emprise du pouvoir sur la presse et les médias et exiger un garantie de la séparation des pouvoirs éxécutif, financier et médiatique ! Proposons la mise en place de dispositions légales visant à garantir le pluralisme et l’indépendance des médias :


- En limitant la concentration du contrôle des médias (télévision, presse et édition) par les grands groupes : un observatoire des médias calculerait les parts de contrôle des groupes industriels et financiers, tenant compte des interactions croisées entre eux, et veillerait à donner l’alerte dès qu’un seuil de contrôle serait franchi (seuil à fixer, par exemple 20% du total dans chaque catégorie de médias).

- En limitant l’actionnariat et le pouvoir de contrôle dans un média télévisé ou de presse grand public à un certain seuil (par exemple 20%) dès lors que l’actionnaire est lié à l’Etat par ses marchés (Armement, construction...).

- en proposant que l’existence des sociétés de journalistes soit reconnue par la loi et qu’un droit de veto soit instauré afin de donner aux rédactions le pouvoir de s’opposer à un directeur de rédaction.


 
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