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13/03/2010

Régionales Ile de France 2010 : 20minutes pour comparer les programmes

Suivant  attentivement la campagne électorale de ces élections régionales 2010, son actualité, les programmes des candidats, les articles de presse et des blogs, ainsi que les réactions des gens sur le terrain, dans la rue, chez les commerçants et au travail, je vous livre à la veille du scrutin mes principales impressions ainsi qu'un comparatif des contenus des programmes. Même si je soutiens personnellement un des partis, je me suis efforcée d'être non partisane dans cet exercice.

1- La presse et les médias ont très peu parlé des sujets de fond, des problématiques de la région.

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Ils se sont concentrés sur les sondages (songez que les gens étaient sondés sans savoir pourquoi ils votaient et sans savoir ce que les partis proposaient !), les querelles entre individus, les petites phrases assassines, les casiers judiciaires des uns ou des autres. Seuls deux journaux ont fait un effort pédagogique pour rappeler les compétences de la région, ses enjeux, ainsi qu'une petite actualité quotidienne sur des sujets : les deux gratuits Direct Matin et 20minutes. Il n'y a eu qu'un débat télévisé le 1er mars à 23h sur France2 (Mots Croisés) et un seul débat citoyen entre têtes de liste le 9 mars à Nogent-sur-Marne (94), organisé par l'association citoyenne "Le Forum Nogentais", à laquelle je rend 20minutes.jpghommage pour cette action citoyenne de chaque élection. Sur les blogs, j'ai trouvé ce comparatif de programmes fait par le PS, donc partisan et qui n'inclut ni le Mouvement Démocrate ni le Front National. Je le cite : "J’aurais pu ajouter MoDem d’autant qu’ils ont un programme solide, bien construit mais, je vais me concentrer sur la gauche et leur principal adversaire l’UMP." Affligeant !

Je donne la palme de la meilleure information citoyenne et de la meilleure analyse au quotidien 20minutes, en version papier comme en version site internet 20minutes.fr avec son club animé de blogueurs. En deuxième je citerai Mediapart.fr, le journal uniquement disponible sur le Net et par abonnement, qui livre des analyses de qualité, avec références, qui a fait une cartographie des régions mais qui s'est à mon avis trop concentré sur la bataille politicienne entre candidats, les enjeux des alliances (comme le prouve un aperçu du sommaire des articles sur le sujet), et pas assez sur le contenu des programmes. Le journal 20minutes a notamment publié une excellente analyse de ce qu'avait accompli la Région IDF lors du dernier mandat comparé aux promesses de campagne, avec arguments chiffrés et notation justifiée, démontrant que la Région a dans l'ensemble respecté dans l'ensemble plus de 50% de ses promesses. A fait pas mal avec ses moyens limités, mais peut mieux faire ! C'est également 20minutes qui a publié hier un double page donnant le résumé comparatif des programmes par thème. C'est écrit petit, tous à vos lunettes ! Je vous passe ci-dessous les deux pages concernées. 

2- Démocratie en danger - Les gens ne s'intéressent pas à cette élection

Paradoxe de la démocratie. Schizophrénie des citoyens. Plus ils ont la liberté et l'accès à l'information, plus ils ont le droit de vote, et moins ils s'intéressent à la politique, plus ils s'abstiennent. Ils disent être écoeurés de la politique et prétendent vouloir que ça change,... et ne font rien pour faire bouger les choses. Démobilisation citoyenne, chute du lectorat des journaux au profit du 20 heures de TF1, démobilisation syndicale, faible activité associative ... La participation électorale est plus forte pour les présidentielles, élection nationale emblématique qui trace la direction du pays et incarne son âme en un dirigeant, et les municipales, élection de proximité, relation forte des citoyens avec leur maire. La Région, elle, leur paraît lointaine, désincarnée. Presque 70% des Français ne connaissent pas leurs élus régionaux, leur président de région, ni ne savent quelles sont les compétences de la région. Et pourtant, il s'agit de la vie de tous les jours, concernant les transports, le soutien à l'emploi, aux entreprises, à la formation professionnelle et à l'apprentissage, aux activités culturelles, sportives et associatives. L'actualité politique nous impose de plus deux sujets importants confrontant politique nationale et politique régionale : le projet Grand Paris, projet gouvernemental qui va s'imposer à la région, aux départements et aux communes, et la réforme des collectivités territoriales, avec la fusion annoncée de la gouvernance de la région et du département et surtout une réforme du mode de scrutin anti-démocratique inacceptable telle qu'envisagé (scrutin  à un tour, qui éliminerait les partis minoritaires et sacrifierait la proportionnelle.

Je vous recommande cet article entretien de Jacques Attali qui regrette la manière dont la campagne a été traitée, néfaste pour la démocratie, que tout n'est pas joué d'avance et que les citoyens devraient vraiment réfléchir avant de voter et sur le sujet qui est l'objet du vote : la politique de la région.

3- Comparatif des programmes des candidats

Je vous invite à lire le double page de 20minutes, qui est assez fidèle à ce que j'ai examiné moi-même en m'informant sur les programmes. Malheureusement n'y figure pas les partis minoritaires pourtant d'envergure nationale comme le NPA, "Debout La République" et "L'Alliance des Ecologistes Indépendants". Ces deux partis présentent pourtant des idées tout à fait intéressantes et j'ai été impressionnée par la qualité de l'intervention de Nicolas Dupont Aignan au débat du 9 mars à Nogent, qui présente l'intérêt d'une alternative à droite autre que le Front National, plus républicaine et sociale que l'UMP, avec des arguments très concrets.

Examinons les points de convergences et de divergence, par thème, entre les partis :

Page 1 :

Sur les transports, ils sont tous d'accord pour rénover les lignes RER et les prolonger, ainsi que des lignes de métros et de tramways, simplifier la tarification, faciliter et développer la circulation de bus de préférence "propres". Le principal noeud de désaccord est sur le projet GRAND PARIS, entre d'un côté l'UMP qui est pour, soutenant bien sûr la décision de Nicolas Sarkozy, et de l'autre côté tous les autres partis qui sont contre, arguant que ce projet, imposé à la région et sans concertation citoyenne par le pouvoir central du gouvernement, ne va pas dans le sens d'une région plus humaine, mais va intensifier le bétonnage et le déséquilibre entre l'Est et l'Ouest, renforcer le pouvoir de l'Etat au détriment de la région et être un gouffre financier qui privera les autres projets de ressources, sans améliorer le maillage de la grande ...couronne.

En termes d'environnement, Europe Ecologie n'a pas l'exclusivité des propositions. Le MoDem et le PS ne sont pas en reste. Que ce soit sur l'isolation thermique et phonique, les économies d'énergie, le soutien aux énergies renouvelables, aux métiers et à la formation à développer dans ces secteurs, ainsi que le recyclage des déchets. L'UMP vient ensuite avec moins de propositions. Pratiquement rien du côté du Front de Gauche et du Front National.

Concernant le logement, beaucoup de convergences des partis, tant pour le soutien au logement social et respect de la loi SRU (Front de Gauche+PS+EE+Modem), à la construction et à la rénovation, la mise aux normes environnementales HQE des logements sociaux et des bâtiments publics. L'originalité de nouvelles propositions revient au PS et au MoDem : un guichet unique sur les offres de logement disponibles et pour coordonner le logement social. Le Front de Gauche axe ses propositions sur un développement énorme du logement social (50 000/an en petite couronne, alors que les villes communistes comme Vitry, Champigny, Bonneuil etc. dépassent les 60% de HLM, guettoïsant la banlieue et nuisant à la mixité sociale ...). Le FN ne propose que le soutien à l'accession à la propriété et au 1er logement.

L'économie, l'emploi, l'innovation,  la formation,doivent faire l'objet, selon tous les partis, d'un soutien aux PME et d'un développement accru de l'apprentissage, la formation des jeunes en alternance avec un travail en entreprise, qui maximise fortement leur chance de trouver un 1er emploi. C'est le MoDem qui présente le plus de propositions sur le développement de l'emploi, le soutien aux PME et aux TPE (fonds de garantie pour les prêts bancaires aux PME notamment), à l'innovation, à l'adéquation de la formation à l'offre d'emploi. On sent l'empreinte de Alain Dolium, entrepreneur de PME et animant une association développant les talents des jeunes ! L'UMP et Europe Ecologie insistent sur la formation des métiers de l’habitat durable et des énergies renouvelables.

Page 2 :

Les lycées devraient, pour l'UMP comme pour le MoDem, ouvrir leurs locaux le soir pour accueillir des universités populaires, des cours du soir, de même que les bibliothèques ouvrir tard le soir pour permettre aux étudiants, y compris ceux qui travaillent à temps partiel, d'étudier à ces heures. Proposition concrète du MoDem : rémunérer des étudiants qui ont besoin de financer leurs études en leur proposant des postes de surveillant en lycées et de tenue en soirée de bibliothèques ouvertes le soir, ainsi que d'animation de cours du soir et d'universités populaires.

Concernant la santé et le handicap, le PS et le MoDem ont des propositions convergentes, notamment pour les jeunes, les handicapés, les urgences médicales de proximité, l'évaluation préalable et la prévention des risques sanitaires. L'UMP est le moins convaincant (avec le FN qui ne propose pratiquement rien), proposant une "mise en réseau" des services d'urgences ou hospitaliers mais sans parler des moyens, alors que la politique du gouvernement restreint les moyens de l'hôpital et supprime des postes ... Hormis sa proposition de mutuelle pour les jeunes et de baisse du seuil d'exposition autorisé aux ondes électromagnétiques Europe Ecologie n'est pas clair : "plan qualité de vie" ... Le Front de Gauche soutient l'emploi des professionnels de santé dans les hôpitaux, des infirmières et puéricultrices. Le FN ne dit pas grand chose à part le soutien à l'installation de médecins dans les territoires ruraux (de l'Ile de France ?).

La culture, le sport et le tourisme sont les thèmes sacrifiés dans cette campagne. C'est le PS et le MoDem qui font le plus de propositions. Europe Ecologie , le Front de Gauche et le Front National peu diserts sur ces sujets. Europe Ecologie utilise un langage peu clair : "label tourisme durable IDF" pour valoriser et encourager l'écotourisme ... Le Front de Gauche parle d'augmenter le budget sans dire vraiment quoi faire. Quant au FN, il propose de "participer à l'entretien du patrimoine artistique et culturel", ce qui est déjà fait actuellement, dans les compétences de la région ... 

Sur la politique de la famille, des jeunes et des seniors, tous veulent développer les places en crèche (sauf le FN). Les seniors sont particulièrement choyés par l'UMP, le FN et Europe Ecologie. La maladie d'Alzheimer fait l'objet d'une particulière attention au PS, chez EE et au FN. Le Modem ayant de son côté plus de propositions pour les jeunes, le logement des jeunes, l'attribution des logements vacants pour les jeunes et les familles.

En termes de sécurité, le PS axe son attention sur la sécurisation des transports en commun et propose un service de consultation juridique gratuit. L'UMP sur la vidéo protection, des surveillants régionaux et des SMS d'alerte (proposition un peu gadget, car on peut déjà téléphoner aux secours à partir d'un portable et se faire repérer par GPS ...). Europe Ecologie est à nouveau dans le langage boisé (moins péjoratif et plus vert que la langue de bois ;-), en proposant "des Etats généraux de la tranquillité publique" et "des médiateurs de la tranquillité publique", avec un point d'honneur sur sa proposition de places d'accueil pour les femmes victimes de violence. Le MoDem développe la police de proximité, la mixité urbaine, la police de transport, bref la présence humaine plutôt que la vidéosurveillance sans intervenants actifs de proximité. Le FN veut renforcer la police et les contrôles, "rétablir la sécurité des HLM" (oui, certes, mais comment ?).

EN CONCLUSION :

- beaucoup de convergences des différents partis sur les transports (sauf clivage UMP contre les autres sur le Grand Paris), le soutien à l'emploi (PME et secteurs en développement), la formation et l'apprentissage, la prise en compte du durable, de la protection de l'environnement, qui n'est pas l'exclusivité et Europe Ecologie même s'il en porte l'étiquette.

- le PS a les propositions les plus développées, les plus détaillées, une meilleure connaissance des dossiers (normal puisqu'il était aux commandes !) mais peut souffrir d'un bilan mitigé, de critiques sur les points noirs surtout concernant le dysfonctionnement et les insuffisances des transports en commun en banlieue, des problèmes du RER notamment.

- l'UMP cherche à être en phase avec la politique du pouvoir central, du gouvernement (Grand Paris) et développe moins les propositions sur l'environnement que le PS, EE et le MoDem. Il vise clairement l'électorat âgé (politique sécuritaire, résidences personnes âgée, Alzheimer,...).

- le MoDem priorise les jeunes, l'égalité des chances et l'emploi, en particulier le soutien aux PME avec des propositions très concrètes sur ce sujet. Sa communication est sur le registre de la relation humaine, d'une façon de vivre plus humaine, du respect de la personne, de l'égalité des chances, de la mixité sociale et le vivre ensemble, de l'équilibre entre l'Est et l'Ouest, de l'équilibre des contre-pouvoirs (il est en ce sens "humaniste") alors que les autres sont plus sur un registre "matérialiste", y compris les partis de gauche (répartition des richesses, droits à des services publics gratuits) et Europe Ecologie (la nature prime sur l'homme, le respect de l'environnement prime sur le respect de l'homme, sur le vivre ensemble).

- le Front de Gauche et le Front National sont les partis qui affichent le moins de propositions pour la région. Pas d'originalité, pas d'idées vraiment nouvelles. Le FN est toujours dans les propositions sécuritaires et le front de gauche dans la défense de l'emploi public et le développement excessif des logements sociaux en particulier dans les zones déjà très urbaines en petite couronne.

Si l'on doit donner un avis sur l'attrait physique et le comportement des candidats, ce qui ne se fait pas mais je le ferai quand même à titre personnel, Alain Dolium est sans conteste le plus beau et le plus sympa, toutes les femmes le disent sur les marchés et dans la rue (et de surcroît très compétent et communicatif), et Cécile Duflot la plus jolie et la plus mignonne (mais elle devrait faire un peu moins la morale aux autres, c'est agaçant à la fin !). Jean-Paul Huchon a une fausse apparence molle et débonnaire. Il est compétent, professionnel, consensuel, constructif et respectueux de ses partenaires et adversaires, il sait travailler en équipe. Je n'aime pas, mais pas du tout, le comportement de Valérie Pécresse, agressive, irrespectueuse de ses adversaires, attaquant sans cesse. Elle ne siégeait que très rarement au Conseil régional et ne sait pas bien travailler en équipe avec des gens d'avis différent. J'ai apprécié Pierre Laurent, que j'ai écouté lors du seul débat du 9 mars, exposer un diagnostic juste et des propositions concrètes, même si je n'ai pas retrouvé d'originalité et de proposition concrète de développement économique et durable dans le programme du Front de Gauche.

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02/07/2009

La recomposition politique française devrait s'articuler autour de la confrontation entre deux modèles de société

Quelques réflexions personnelles sur le paysage politique français en vue de proposer une approche pour les prochaines échéances électorales :

 

Il y a les partis, les idéologies et les leaders politiques

 

Certains partis sont des partis initialement fondés sur une idéologie plus que sur un leader (le PS, le PC ou Front de Gauche, Les Verts) et d’autres sont des partis rassemblés autour d’un leader, qui montre le chemin et fédère soit par sa personnalité soit par les valeurs qu’il représente (l’UMP avec Nicolas Sarkozy, le Mouvement Démocrate avec François Bayrou). Le NPA étant une combinaison des deux avec le leadership d’Olivier Besancenot.

Certains partis ont une base idéologique affirmée (NPA, Front de Gauche et PC basés sur la lutte des classes, la lutte sociale), d’autres en avaient une mais qui est dépassée (le PS, basée sur le collectivisme et le rôle central de l’Etat), d’autres encore n’affichent pas franchement leur idéologie même si elle est sous-jacente à leur programme (UMP, avec une politique néocapitaliste, centrée sur l’argent, le profit individuel, les valeurs matérielles et la loi du plus fort, même si elle est mâtinée de protection sociale et d’interventionnisme de l’Etat avec notamment la récente crise).

 

Dans ce paysage, le PS est un parti ancien, ancré, avec de nombreux élus mais souffrant à la fois d’un problème de leadership (trop de prétendants, en lutte dans une guerre de concurrence autodestructrice, se livrant une guerre fratricide) et d’un problème de clarification idéologique. Son contenu programmatique s’est construit autrefois dans un certain contexte puis a dû s’adapter, nécessitant des « synthèses » de plus en plus difficile à élaborer et à exprimer en cohérence notamment avec les anciens fondamentaux idéologiques et même avec son nom « Socialisme » devenu obsolète. Ainsi comment faire la synthèse entre les partisans du oui et du non à l’Europe, entre les tenants de l’économie de marché dont certains, notamment dirigeants du FMI et de l’OMC (Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy), s’affichent très libéraux et d’autres au contraire partisans d’une économie régulée par l’Etat.

 

Les Verts sont un parti non fondé sur une véritable idéologie mais basé sur la défense de l’environnement, délivrant un programme centré sur ce thème et donc partiel. En termes de leaders, les élections européennes montrent un décalage entre le contenu programmatique et la représentation de ses leaders, ainsi que l’importance de la communication. Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly ne s’étaient jamais montrés spécialement écologistes avant de venir porter les couleurs des Verts, traduisant un certain opportunisme, de même que Daniel Cohn-Bendit a toujours été très libéral, ayant toujours par ses votes soutenu la concurrence contre les services publics, comme l’atteste le dernier numéro du journal Marianne du 27 juin 2009, alors que dans la perception du public Les Verts sont situés à gauche. Des anciens Verts ont préféré rejoindre le MoDem, à forte composante écologique, notamment des anciens représentants du parti tels que Jean-Luc Bennhamias et Yann Wehrling. Point assez paradoxal et qui démontre le succès de communication de Daniel Cohn-Bendit : la manière dont ce dernier a mené campagne en disant qu’il la faisait sur le fond, sur l’Europe, en ne rappelant pas l’orientation de ses propres votes passés (contre les services publics), en stigmatisant en même temps François Bayrou (pourtant profondément européen) qu’il désignait comme un obsédé de la présidentielle « touché par la Vierge », multipliant les petite phrases assassines et les provocations, retournant en bouquet final contre ce dernier l’accusation de phrase assassine (syndrome de l’arroseur arrosé), qu’il a fini par provoquer lui-même en retour. Trop fort ce Dany ! Son fils a raison de dire qu’il ressemble à Sarkozy, sur la com’ notamment ...

 

Le Mouvement Démocrate, issu à la fois de l’ancien parti UDF centriste démocrate et européen et du parti écologiste CAP21 fondé par Corinne Lepage, a été clairement un rassemblement d’hommes et de femmes autour d’un leader, de François Bayrou, au lendemain des présidentielles où ce dernier avait recueilli 19% des voix. Ce leader incarnant des valeurs et une nouvelle forme d’idéologie : défense des valeurs démocrates, républicaines, sociales et humanistes, priorité à l’égalité des chances et au respect de l’environnement, aux valeurs créatives, qu’elles soient appliquées à la création d’entreprise, à l’innovation et à la recherche ou à la culture. On remarquera d’ailleurs la convergence de valeurs exprimées entre le MoDem et le PS, et pour la partie écologique la grande convergence de priorités et de contenu entre le MoDem et les Verts. Le MoDem cherche à exprimer plus franchement son idéologie humaniste, remettant l’homme en tant que valeur centrale à la place de l’Etat et à la place de l’argent-roi. En termes programmatiques, d’application politique, l’Europe représente pour le MoDem un levier central et incontournable dans la mondialisation pour de nombreux sujets : réchauffement climatique, défense, immigration, spéculation mondiale et lutte contre les paradis fiscaux, crise économique et problème de concurrence non équitable engendrant des délocalisations, gestion des ressources énergétiques, accès à l’eau et aux matières premières, développement de l’Afrique, ...

 

 

Il y a les élections présidentielles et les autres élections 

 

Les élections présidentielles sont différentes des autres car même si un leader est porté par un parti, il doit obtenir une adhésion plus large que celle de son parti et doit pouvoir rassembler et représenter l’ensemble des Français. Il doit aussi être crédible en matière de capacité à former un gouvernement, des ministres qui mèneront une politique cohérente. Ce challenge est d’autant plus fort pour François Bayrou et le MoDem, parti non majoritaire et comptant peu d’élus, donc peu de ministrables.

Les élections législatives découlent des élections présidentielles, le calendrier électoral aidant, alors que les autres élections intermédiaires municipales et cantonales, européennes et régionales, dépendent plus d’enjeux locaux ou programmatiques.

Comme le montrent les résultats en France, un parti peut être majoritaire sur des élections régionales et locales (PS) alors même qu’un autre est majoritaire aux présidentielles et aux législatives (UMP), même à peu de temps d’intervalle. Le score des européennes a aussi montré sur fond de forte abstention un autre équilibre des forces politiques ainsi qu’une très forte volatilité la dernière semaine précédent le scrutin. En effet, en une semaine environ, comparé aux sondages précédents relativement stabilisés, à 27% pour l’UMP, 22% pour le PS,  13 ou14% pour le MoDem, 10% pour Europe Ecologie (Les Verts), le PS perdait finalement plus de 5 points, le MoDem également, le NPA presque 2 points au profit du Front de Gauche tandis que l’UMP gagnait 1 point et que Europe Ecologie (Les Verts) gagnaient 6 points. François Bayrou a été fortement attaqué, rendu coupable de la baisse du score attendu des listes du MoDem suite à l’escalade d’invectives dans laquelle il s’est laissé entraîner lors du débat l’ayant opposé à Daniel Cohn-Bendit, mais on peut se demander si l’effet de la diffusion du film « Home » juste avant le jour du vote, vu par 9 millions de téléspectateurs, déclenchant un réflexe écologique, n’est pas plutôt la cause majeure du renversement. En effet, la baisse constatée sur le PS est de la même ampleur que celle du MoDem, environ 5,5 points chacun (11 points en tout), alors que Europe Ecologie a récupéré 6 points au total.

 

 

Il y a ce que disent les leaders pour leur propagande électorale et il y a ce qu’ils font réellement, appliquant leur politique

 

Nicolas Sarkozy a été élu majoritairement par les Français surtout pour sa personnalité, trépidante et active, jugée dynamisante, quelle que soit l’idéologie qu’il défendait ou plutôt qui était sous-jacente à son programme de réformes, sur base de slogans simples (« travailler plus pour gagner plus », « chercher la croissance avec les dents ») et quelques thèmes phares (le pouvoir d’achat et la croissance), thèmes qui rassemblent les français à la fois de gauche et de droite. Il n’a pas été élu ni pour démanteler le contrat social et précariser encore plus les classes moyennes et pauvres, ni pour piétiner les valeurs républicaines d’égalité des chances, ni pour « monarchiser » le pouvoir du président de la République et supprimer les contrepouvoirs, ni pour mettre la main directe sur l’audiovisuel public, ni faire des cadeaux fiscaux aux riches (bouclier fiscal), ni pour rallier le commandement armé de l’OTAN (de surcroît sans conditions ...) donnant une caution atlantiste  la politique étrangère et de défense et remettant en question tout espoir de mise en place d’une politique de défense européenne indépendante), ...

Et pourtant, il a mis en place de nombreuses réformes non annoncées dans sa campagne.

De même qu’il n’a pas augmenté le pouvoir d’achat ni la croissance, même juste avant  la crise financière, qui au moins peut servir maintenant d’alibi à cet échec.

Il a aussi récemment fait de nouvelles annonces/réflexions qui reprennent des propositions que François Bayrou avait faites lors de sa campagne présidentielle : la taxe carbone, la retraite à points, la distinction entre un bon et un mauvais déficit (déficit dû à des investissements d’avenir et déficit de fonctionnement couvrant des dépenses courantes),...

Malgré toutes ces contradictions, l’UMP (dont le Nouveau Centre, La Gauche Moderne, et autres affidés), ministres et députés, suivent leur leader (aveuglément ?) et votent les réformes décidées par avance par leur charismatique président et encore officiant comme un chef de parti.

 

Concernant François Bayrou, si on compare ses actes à son projet présidentiel, les élus députés qui l’ont lâché au second tour des présidentielles pour soutenir Nicolas Sarkozy ont prétexté qu’il avait dérivé de sa ligne en disant qu’il « ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy », voyant en cela à un virage à gauche, même s’il n’a pas soutenu Ségolène Royal, étant en désaccord avec son programme malgré la convergence des valeurs. Les militants n’ont pas suivi ces élus et ont considéré qu’au contraire, François Bayrou était bien fidèle à la ligne défendue, notamment sur l’incompatibilité des valeurs défendues avec celles de Nicolas Sarkozy. Deux ans après, suite aux élections européennes dont le résultat a déçu fortement les têtes de listes et les militants du MoDem, certains parmi eux ont fait ressortir des défauts de gouvernance du parti, notamment le caractère trop autocratique de François Bayrou, la nécessité d’un management plus collégial. Ils considèrent que François Bayrou se doit d’afficher un comportement exemplaire respectant les valeurs que lui-même a toujours prônées, de représentation démocratique des citoyens comme de la manière de faire de la politique, sur les sujets de fond et non sur des querelles de personnes, une attitude d’opposition systématique (à Nicolas Sarkozy) ou se laissant aller à des invectives personnelles. Bref, ils sont les premiers à le rappeler à l’ordre, comme quoi contrairement à ce que disent de mauvaises langues, le MoDem n’est pas un club de fans et de « béni-oui-oui » ! Simplement, je pense qu’ils n’auraient pas dû le faire en public, sous forme de lettre ouverte sur internet avec en plus une pétition publique, ce qui ajoute de la critique à la critique. Les problèmes internes doivent être réglés en interne, en famille.

 

 

Conclusion

 

Sur le fond, la forte convergence de valeurs entre le MoDem, le PS et Les Verts, pour un modèle de société alternatif humaniste et durable, est favorable aux alliances entre ces partis. Ce modèle à construire est en opposition avec le modèle néocapitaliste libéral dérégulé dans la mondialisation que défendent Nicolas Sarkozy (donc l’UMP dans son sillage) et José Barroso au niveau de l’Europe. Il y a clairement une idéologie convergente à défendre et c’est cela qui est important, au-delà de la concurrence entre personnalités présidentiables. Surtout suite à la grave crise que nous vivons, qui prouve l’échec de la politique précédente. Mais Nicolas Sarkozy, devant l’échec du capitalisme mondialisé, devant la perversion à laquelle a mené la financiarisation de l’économie, commence à adopter un langage plus social, plus régulateur, plus étatiste, pour rassurer, même si les actes ne vont pas vraiment dans le même sens (il ne revient pas sur le bouclier fiscal, il ne fait rien sur les stock-options et les salaires exorbitants des dirigeants, les mesures contre les paradis fiscaux sont purement cosmétiques,...).

Le débat politique devrait se recentrer sur l’affrontement entre deux modèles de société, d’une part le modèle actuel capitaliste centré sur la maximisation des profits individuels, même s’il est soi-disant « refondé » et mieux régulé, d’autre part sur un modèle alternatif qu’on peut qualifier d’humaniste.

Une entente de convergence sur le modèle de société alternatif peut être matérialisée dans des alliances tout d’abord sur le front européen contre la nomination de Barroso, puis aux régionales, dans des positions communes au Parlement en France comme au niveau européen, puis dans une entente de second tour à la présidentielle.

Il s’agira de maximiser les chances au second tour, quel que soit le candidat arrivant au 1er tour, et d’envisager un gouvernement composé de personnes venues à la fois du MoDem, du PS, des Verts.

 
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