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11/07/2010

L’actualité politique révèle que François Bayrou avait raison sur les abus de pouvoir

Ce dimanche matin François Bayrou était l’invité sur Europe1 au « Grand Rendez Vous Politique » de Jean-Pierre Elkabbach et de Bayrou-europe1-110710.jpgPatrick Cohen.

 

9782259208765.gifDécidément, le livre « Abus de Pouvoir » écrit l’an dernier par François Bayrou démontre que ce dernier avait raison sur tout, sur toutes ces dérives, sur le non respect de principes démocratiques et républicains, sur les conflits d’intérêt entre la sphère publique et la sphère privée, sur la politique mise au service des intérêts de quelques uns, des privilégiés, sur le verrouillage de la presse et des médias et combien il est heureux que se soit créée une presse indépendante sur Internet comme Mediapart, …

 

François Bayrou ne s’est pas trompé sur le diagnostic, sur les dérives, sur la racine du mal : l’introduction de l’argent dans la société en tant que valeur.

 

Dépassant les discussions habituelles de l’effervescence médiatique et du bouillonnement politique autour de cette affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy, la parole des uns contre celle des autres, les accusations personnelles, croyance ou non en l’honnêteté d’un homme politique, François Bayrou s’est exprimé sur la gravité de ce qui est à l’origine de cette affaire et qui exprime une crise profonde de la société et de la République, des institutions, une crise des valeurs de la société et de la démocratie française, une crise à la fois politique et morale.

 

Les Français ont besoin d’un gouvernement que l’on respecte et à l’abri de tout soupçon. Il faut d’urgence un sursaut républicain, sur cinq points :

1-     Le conflit d’intérêt entre les responsables publics et les intérêts privés. Ne pas autoriser les situations où le soupçon devient possible sur des responsables politiques censés défendre l’intérêt général alors qu’eux ou leurs proches bénéficient d’intérêts privés dépendant des décisions de ces responsables ;

2-     L’exigence d’indépendance réelle de la justice : nécessité de saisir un juge indépendant sur cette affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy ; l’intervention d’un procureur (Philippe Courroye), nommé par le président de la république contre l’avis du Conseil Supérieur de la Magistrature, [ndlr de surcroît juge et parti], en conflit avec le juge du tribunal de Nanterre (Isabelle Prévost-Desprez), est intenable ; de plus les auditions des témoins se font sans présence de leurs avocats, les procès verbaux divulgués dans la presse n’ont pu l’être qu’avec la complicité du procureur lui-même ou de la police,…

3-     L’injustice fiscale : la révélation concrète de ce que représente le bouclier fiscal : un remboursement de 30 millions d’euros à une milliardaire qui n’en avait pas besoin …

4-     Le problème de liberté et d’indépendance de la presse : le fait que ces scandales touchant l’intérêt public aient été révélés par une nouvelle presse libre, indépendante financièrement et publiant sur Internet, Mediapart, [ndlr de même que par Le Canard Enchaîné ou le journal Marianne] démontre qu’il est heureux et salutaire que cette presse existe, non soumise aux puissances financières ni à l’audiovisuel ou à la radio publics dont le président est nommé par le pouvoir ;

5-     L’opacité et les contournements du financement des partis politiques, la création de structures artificielles qui sont au service d’intérêts privés et non de partis [ou qui servent de manière illégale des partis] : il découvre qu’il existe environ 300 structures du même type que « l’association de financement de l’action politique de Eric Woerth ». Ceci est un détournement de l’esprit de la loi.

 

Sur le premier point, François Bayrou propose que soient prises concrètement deux mesures d’urgence :

1-     Une loi définissant et codifiant le conflit d’intérêt : les élus, les responsables politiques, doivent servir l’intérêt général et non des intérêts privés. Si par exemple un membre de leur famille proche occupe un poste ayant un intérêt financier, économique, qui pourrait dépendre d’une décision ou de l’action de ce responsable, il ne faut pas admettre cette situation ;

2-     La mise en place d’une autorité indépendante à laquelle on pourrait soumettre un conflit d’intérêt a priori, une commission pluraliste qui pourrait en juger et statuer. Idem pour la question du financement public.

 

Il faut faire la différence entre le « conflit d’intérêt », qui place le responsable politique dans une situation de soupçon, même s’il n’a pas l’intention d’être malhonnête, et « la prise illégale d’intérêt », bannie par la loi, qui n’est qu’une conséquence d’un conflit d’intérêt qui a permis ce délit.

 

Plutôt que réclamer la démission d’un homme ou de polémiquer sur la parole de l’un contre celle de l’autre et poursuivre dans les invectives, François Bayrou pose correctement le problème à la racine et propose des solutions claires. Le président de la république les suivra-t-il ? Rendez-vous demain soir sur France 2 pour écouter son allocution devant les Français …

22/06/2010

Affaire Woerth-Bettencourt : Copé collé !

cope-84ae1.jpgCe matin, l'invité de la matinale de France Inter était Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, député-maire de Meaux et de surcroît exerçant encore la profession d'avocat pour arrondir les fins de mois. Video ici. L'essentiel de son temps de parole fut consacré à prendre la défense d’Eric Woerth, dénonçant un complot construit sur des amalgames en vue de s'attaquer à une personnalité politique. En effet, toute cette polémique est basée sur des extraits d'écoutes téléphoniques douteuses et illégales et le montage, visant à démontrer par amalgame des liens entre la fonction d'Eric Woerth ministre du budget et celle de son épouse employée à la gestion de fortune de Mme Bettencourt (sans preuve qu'elle s'appliquait à des biens gérés dans des paradis fiscaux), est tout simplement fallacieux.

 

Monsieur Copé est certainement un bon avocat en exerçant ici sa compétence mais fait malheureusement abstraction de toute une vérité à laquelle se doit un parlementaire soucieux du bon exercice de la république et de la démocratie, notamment de la séparation des pouvoirs, de l'interdiction de conflits d'intérêt évidents entre la sphère privée et la sphère publique, comme l'a rappelé François Bayrou hier sur RTL.

 

En effet, même si ces écoutes n'avaient pas eu lieu, ont été tolérées de graves anomalies qui d'évidence démontrent un conflit d'intérêt majeur dans l'exercice des fonctions de Eric Woerth et de son épouse :

 

- Eric Woerth a été nommé ministre du budget en même temps qu'il exerçait la fonction de trésorier de l'UMP. D'une main il recevait et reçoit encore les dons des généreux donateurs, notamment de grandes fortunes amis de N.Sarkozy, de l'autre il collecte l'impôt et peut user de mansuétude aurpès de ces personnes en cas de litige fiscal. Il a même été remercier des généreux donateurs dans un palace en Suisse, comme le décrit cet article. Eric Woerth ne cherchait pas alors à savoir si les chèques qu’on lui remettait étaient prélevés sur des comptes suisses non déclarés au fisc français", explique dans l'article un banquier français résidant en Suisse.

 

- Eric Worth, affichant sa volonté de lutter contre les paradis fiscaux, est le premier à avoir accès à cette fameuse liste provenant de HSBC de 3000 comptes en Suisse non déclarés détenus par des Français et il est plus que probable que parmi ces comptes figurent des généreux donateurs de l'UMP, qui attendent une bienveillance à leur égard.

 

- Son épouse, Florence Woerth, a été recrutée par Patrick de Maistre Directrice des investissements de la société Clymène qui gère la fortune de Liliane Bettencourt, elle-même grande donatrice au profit de l'UMP et de la campagne de N.Sarkozy. Ce recrutement a eu lieu alors qu’Eric Worth était déjà ministre du budget, ce qui est de sa part une imprudence déjà impardonnable, car le conflit d'intérêt est manifeste. Le couple Woerth doit se montrer bienveillant à l'égard de Mme Bettencourt non seulement car il est redevable à l'égard de la cliente pour laquelle travaille Florence Woerth, dépendant d'elle financièrement, mais aussi à l'égard de la généreuse donatrice de l'UMP.

 

 

Nous attendions donc pour le moins un minimum de discernement et de vérité de la part du parlementaire Jean-François Copé, et non une telle mauvaise foi, une telle complaisance, masquées derrière une sombre théorie du complot ! Et je regrette que l'excellent journaliste Nicolas Demorand n'ait pas relevé ces évidences là dans son entretien.

D'ailleurs, Jean-François Copé n'a-t-il pas été imprudent lui-même en cumulant la fonction d'avocat d'affaires et de député ? C'est lui qui a fait voter en 2007 lorsqu'il était ministre du budget une loi exonérant les sociétés d'impôt sur plus-values lors de la vente de leurs filiales, à condition de les avoir détenues au moins deux ans. Or, cette exonération - appelée «niche Copé» - a généré un manque à gagner pour l'État de 3,4 milliards en 2007, 12,5 milliards en 2008 et 6,1 milliards en 2009, selon les chiffres de Bercy (environ 10 milliards par an hors effet crise). Cette niche a  bénéficié à la clientèle d'entreprise qui est aussi cliente de l'avocat d'affaires Jean-François Copé ... Même mélange des genres entre la sphère publique et la sphère privée que dans le cas Woerth !

Ceux qui pensent que je m'acharne sur Copé (un billet lui était déjà consacré hier mais vient curieusement d'être déréférencé de Google aujourd'hui !) se trompent. Je répugne aux atteintes à la république et aux donneurs de leçons sophistes de mauvaise foi. Mais à ce rythme là je vais être de plus en plus adepte du "Copé-collé" !

 

 

 

 

 
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